Les parcours

Par Pierre-Alain Four, sociologue et directeur artistique de l’Ensemble Boréades

S’assembler autour du feu et du four solaire…

À la conquête du four solaireSa 5 octobre 2013

La MJC Pont du Sonnant de Saint Martin d’Hères coordonne un projet de four solaire réalisé avec les habitants et en a aussi fait la thématique de cet ACT. Mais pourquoi un four solaire et pour quoi faire ? Si l’on voit bien a priori l’intérêt de multiplier les sources d’énergies renouvelables, on ne se voit pas nécessairement aller cuire son pain au pied de son immeuble… Mais après réflexion, après cet ACT, on se dit que l’idée est moins farfelue qu’elle n’en a l’air. Elle est en effet l’occasion de réunir des habitants sur un projet commun, de mettre en œuvre une forme de démocratie participative, de considérer que chacun peut apporter son expertise ou son expérience… Et de fil en aiguille, on se dit aussi que tout cela, c’est ce que font les ACT : animer de manière informelle une discussion, en considérant que l’on peut agir avec les personnes présentes et leurs savoirs, qu’on avance par petits pas ou pas de côté, que chacun peut s’investir à hauteur de ses envies. Autrement dit, que les ACT sont une réponse, modeste certes, mais claire et concrète, aux discours déplorant le recul du politique et le désinvestissement citoyen, parce qu’ils sont capables de faire vivre d’autres formes de participation, autour d’une idée, d’un sujet, qui peut devenir un projet réel. Des expériences qui participent ainsi d’une forme d’empowerment (une méthode émergente consistant à donner plus de pouvoir aux individus pour favoriser leur « pouvoir d’agir »), où chacun peut trouver une place dans la vie publique, en fonction de ses centres d’intérêt, de ses compétences, et en prenant acte que le devoir du citoyen ne se limite pas à l’exercice de son droit de vote.

Autoportrait avec bibliothèque

Des livres et vous ? Délivrez-vous ! - Sa 5 octobre 2013

L’intitulé quelque peu iconoclaste de cet ACT était de nature à retenir l’attention, surtout lorsque l’on sait qu’il était proposé par les bibliothécaires de Meylan… Cependant là encore, la spécificité du dispositif a produit des rencontres, des questions, des échanges tout à fait inattendus, et qui n’auraient sans doute pas été possibles autrement. Après un accueil très convivial autour d’un café à la bibliothèque des Aiguinards, un temps d’échange a permis aux participants de déterminer leur manière d’explorer le sujet : adresser aux personnes rencontrées dans la rue une question simple « Quelle est la première choses que vous lisez après vous être révéillé ? » et essayer de se faire ouvrir des portes, pour découvrir quelle place les livres occupent chez les uns ou les autres. La première question s’avère un excellent moyen pour se faire une idée, à propos d’inconnus croisés dans la rue. Ainsi, une dame plutôt âgée, raconte qu’elle est plongée dans un ouvrage évoquant le village où elle est née, un homme d’une quarantaine d’années explique qu’il lit surtout des chiffres, un autre qu’il s’absorbe chaque matin dans les étiquettes du paquet de céréales posé sur la table de son déjeuner… Se faire ouvrir des portes est plus complexe, mais deux volontaires se sont proposés en amont pour faire découvrir leur bibliothèque. Quand un groupe d’inconnus pénètre dans le lieu de vie d’un particulier, un moment d’une rare intensité se créé de cette seule interaction. Et puis, la bibliothèque s’avère un révélateur des traits de caractère de son propriétaire, aussi puissant qu’une longue discussion… « Selon que tu classeras ou non tes livres et comment, je pourrai te dire qui tu es », semblent afficher ces bibliothèques ! C’est ainsi, qu’en partant d’une question sur la relation que les gens ont au savoir, l’ACT s’est transformé en un accélérateur de connaissances, permettant d’installer des échanges très personnels.

Comment jardiner à la verticale…

Du jardin potager à la culture urbaine - Ve 4, Sa 5 et Di 6 octobre 2013

Quand André, un professeur à la retraite a proposé de faire découvrir deux types de jardins en ville, il a aussi animé un moment très sympathique, permettant à chacun de prendre du temps dans deux lieux de « culture » très différents l’un de l’autre. À Meylan, le jardin partagé est l’aphorisme renversé d’Alphonse Allais : un morceau de campagne à la ville[1]… On y déambule dans un dédale de 80 parcelles de 50m2 chacune, où fleurs et production familiale de légumes semble se livrer à une compétition tranquille. Chacun y va de son commentaire, s’enthousiasme sur cette initiative de jardin collectif, se demande comment il est géré ou même envisage de faire pousser des carottes dans son salon… On s’enhardit, on se sourit, on chaparde une dernière framboise d’automne, on glisse furtivement la main sous un plan de fraise… Et chacun de rire et d’observer, d’échanger astuces pour avoir la main verte. Ensuite, André emmène son petit groupe sur les toits de la Maison du tourisme de Grenoble. Et là surprise : il est bel et bien possible de transformer un immeuble en potager vertical. Grâce à un système hydroponique, les plantes poussent hors sol, accrochées à un substrat naturel (géo-textile ou billes d’argile), une solution d’eau chargée en sels minéraux et nutriments permettant de leur apporter ce dont elles ont besoin pour s’épanouir… Les participants s’aperçoivent alors que même sans jardin, même sans balcon, il serait possible d’avoir un petit espace de verdure, accroché à sa fenêtre…

Une Biennale qui s’appuie sur les dispositions propres aux événements culturels

La Biennale Arts Sciences constitue à la fois un espace et un moment privilégié pour mettre en évidence pourquoi et comment l’Hexagone se spécialise sur la relation Arts et Sciences. Du fait de sa périodicité, de son caractère exceptionnel, elle s’avère un très bon format pour expérimenter de nouvelles formes, pour tenter des expériences, pour inventer… Elle est donc un outil précieux pour l’Hexagone, parce qu’elle lui permet de se ressourcer. Ce tandem institution culturelle / événement est probablement la meilleure formule pour assurer à la fois la continuité de l’action et le mouvement nécessaire à toute intervention culturelle. Alors que le paysage culturel a tendance, comme tout secteur institutionnalisé, à se figer, il lui est nécessaire de disposer d’aiguillons… Et l’événement culturel constitue une bonne méthode pour tester des innovations, à condition toutefois qu’il n’adopte pas à son tour un fonctionnement routinier et ne se transforme alors en une « para institution culturelle ». La Biennale Arts Sciences est bien loin de ce travers, et dispose au contraire d’atouts pour aller plus loin dans ce qui l’a animé jusqu’à ce jour.